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Vendredi 9 mars 2007
La dévotion est toujours un acte émouvant. Une sorte de preuve d'amour totale. On retrouve toute la douceur possible dans les yeux du fervant adressant sa prière aux dieux. Mes ballades dans les temples de Shanghai sont des petits moments de poesie pure. Je me pose toujours la question de savoir si je ferais cette photo dans une église en Europe...Je suppose que non. J'aurais sans doute trop l'impression de rentrer dans l'intimité de la personne. Mais ic l'intimité est ailleurs, et les dévotions en plein air avec force agitation d'enscent son tellement démonstratives qu'il semble presque important que tout le monde regarde et apprecie vos efforts. Photographier devient alors plus logique puisqu'il s'agit d'une representation, d'une expression. Le contraste est d'ailleurs assez interressant: pour des gens generalement peu démonstratifs, les gestes religieux contrastent furieusement avec les attitudes de retenue et de stoicisme de la vie quotidienne.
Mercredi 14 février 2007

 

 

Il fallait s'en douter, de ce coté de la planète on ne se soucie guère de ces petites fêtes d'origine douteuse

... Ca fait même rire! Une sorte de petit rire gêné. On ne va surtout pas risquer, dans une discussion en publique, de dévoiler quoi que ce soit de sa vie privée. Il faudrait que le marketing revoie tout son calendrier! En ce moment on est plus au rayon pétard, pour faire des provisions suffisantes pour la semaine prochaine qu'au rayon fleures... On se fera par contre volontiers un bon repas en amoureux... Toutes les raisons sont bonnes pour sortir manger.  Pour ma part je suis gâté, ma chérie m'a offert des fleurs hier. Tout le monde s'en tape, mais je sais qu'elle a pris du temps pour les choisir. Soignez votre chérie ce soir mes amis, sortez pour une fois, la télévision sera encore la demain… Allez voir la ville main dans la main. C'est gratuit.

 

 

Mardi 13 février 2007

 

Déterminisme à la Chinoise...Ce sigle que l'on croise souvent, est un élément fondamental du bouddhisme. Destin: C'était écrit. Pour un scientifique comme moi, je reste assez partagé. Le déterminisme a été un des moteurs du développement de la science, jusqu'a son époque moderne, ou la physique quantique est venue brouiller les cartes d'une puissance supérieure capable de tout gérer. La notion de probabilité est apparue et a tout bouleversé. Mais cet état d'esprit a forgé le déterminisme social. C’est le modèle sociologique qui établit la primauté de la société sur l'individu. Qu'importe les notions quantiques plus récentes, et difficiles à intégrer dans l'inconscient collectif. Cet état de fait dicte des conduites qui nous paraissent bien étranges: voir barbares. Ce que nous percevons comme une aliénation de la liberté, est perçu comme un effort collectif niant l'individualité intrinsèquement. Tout cela nous pousse bien loin du "liberté, égalité, fraternité “qui nous a éduqué, mais a la lumière de croyances qui glissent facilement de déterministes à fatalistes on peut mieux comprendre certains agissement. J'utilise le mot "comprendre" bien sur il ne s'agit nullement ici "d'approuver"... pour approfondir le sujet voir ICI

 

Vendredi 9 février 2007

 

S'il y a un chapitre incontournable dans la culture Chinoise moderne, c'est la bouffe. La grosse bouffe. Ici on ne déguste pas, on ingurgite. Les repas sont pantagruéliques, et s'alimenter reste l'activité fondamentale de la journée. Il faut bien avouer que la richesse de cette cuisine est sans limite, et la diversité est remarquable. Que ce soit dans la variété des couleurs, des odeurs, mais aussi bien sur des gouts. Le plus surprenant reste souvent les textures auxquelles nous ne sommes pas habitués. Une nourriture remarquablement équilibrée si l'on considère l'intense activité physique de chacun (pas de chauffage a la maison + vélo pour aller au boulot + dans la grande majorité pas le cul assis derrière un ordi...) = une nourriture qui nous parait grasse pour nous qui vivons avec une autre idée du confort... Il n'y a pas un resto ou j'ai débarqué par hasard, ou dans un endroit perdu ou je n'ai pas remarquablement bien mangé. Le gout reste fondamental. Et personne, même les plus modestes n'accepterai de manger un plat dont le gout ne serait pas raffiné. On est bien loin de la bouffe pour chien servie sur les aires d'autoroute pour des sommes astronomiques. Ici on mange délicieux, partout, et à toute heure. Quant a l'hygiène, on peut se questionner un peu au début, mais a bien y regarder, le débit est tellement énorme que les denrées n'ont pas vraiment le temps de périr...Je n'ai que rarement été malade depuis deux ans. Bien sur trop de pesticides, et de métaux lourd se retrouve dans mon pauvre estomac...Il ne faut pas être naïf tout de même.... la grande majorité des plats sont cuits, ce qui limite la casse énormément...bien sur je vous déconseille les huitres vendues en plein air, mais il ne faut pas non plus chercher le bâton pour se faire battre...

 

Mercredi 7 février 2007

Une fois n'est pas coutume, une photo de Shanghai du coté de xintiandi. Je suis
toujours frappé de croiser des filles aux tenues qui passeraient pour singulièrement
provocantes dans la vieille Europe. Femme-objet. Pas au point de la société Japonaise,
mais la condition de la femme ici reste un mystère pour moi. Même habillée de façon
outrageusement suggestive, la jeune fille met sa main devant sa bouche pour cacher un
sourire de gène si on lui adresse la parole. Il y a un tel décalage entre l'image et l'état
d'esprit. C'est parfois assez déroutant. L'habit ne fait certainement pas le moine dans ce
cas, et non, cette beauté ne fait pas le plus vieux métier du monde.

 

Mardi 6 février 2007

Encore une spécificité chinoise. Le morveux roi. Il est toujours intéressant d'observer l'effet d'une décision politique radicale sur une société. N'autoriser qu'un seul enfant par couple pourrait paraître perçu comme une contrainte terrible. Il semble en revanche que la chose soit plutôt acceptée. Sur le thème de la prise de conscience : « Nous sommes trop nombreux » (ce que chacun peut vérifier quotidiennement en prenant le métro...), l'inconscient collectif a été modelé sur cette idée de contribuer à l'effort global en ne mettant au monde qu'un seul bébé. Sur le papier, si l'on fait abstraction des facteurs psychologiques, cette décision semble plutôt raisonnable. Mais la vie n'est pas si simple ! et les parents n'ayant droit qu'a un seul espoir, focalisent toute leur attention sur cet enfant ultra protégé. Petit empereur, qui grand aura les mêmes exigences que tous les enfants uniques : il aura du mal à comprendre qu'il doit partager ses jouets et que tout ne lui est pas dû. La vie se chargera de le former ! Mais cette politique semble perdre sa réalité puisque les autorités se rendent compte que Shanghai a une population vieillissante. La pyramide des âges s'évase méchamment, et il faudra trouver des bras pour nourrir les anciens... Pénurie de main-d’œuvre contre disponibilité des ressources limitées ? Le casse tête est vraiment Chinois! Au final, les pauvres mômes se retrouvent avec une pression colossale, pour répondre aux attentes de parents furieusement exigeants... Une seule chose reste inchangée : l'amour d'une mère pour son fils. Cette chose si naturelle, si organique. On n'enlèvera pas aux Chinois leur amour pour les enfants. Une attraction sincère, presque naïve, qui est plus touchante que réellement désagréable. Je connais quelques expats qui crient au scandale quand un ou une inconnue touche leurs enfants dans la rue (ils adorent faire ça...), je crois qu'il n'y a rien à redouter. Cela ne fait que refléter leurs propres peurs (et souvent l’ignorance de l’autre). Il n'y a aucune méchanceté dans leur requête. C'est que du bonheur. il faut savoir en profiter. Maintenant les enfants ont grandi, mais les passants veulent toujours être pris en photo en leur compagnie. Je demande à mes enfants s’ils sont d'accord, et s'ils ne veulent pas ils le font savoir « bu yao! bu yao! »....

 

Mardi 30 janvier 2007
Je suis consterné par un truc depuis pas mal de temps. Pas que je n'en dorme pas la nuit, non, mais je pige pas. Je suppose qu'il faut avoir été maintenu dans une grande ignorance puis méchament maniplulé pour en arriver la... Est ce seulement la toute puissance du marketing? Je ne peux pas le croire. On s'en serait rendu compte! non, il y a sans doute autre chose... Pourquoi cette facination pour le monde de l'ouest? Pourquoi tous les modeles de beauté sont western? C'est quoi cette vilaine maladie de foutre des images de blondes a gros nichons sur les affiches et dans les magazines, en icones de la beauté? quand toutes les petites filles dans ce pays ont les yeux bridés les cheuveux noirs et raides et que jamais, au grand jamais elle ressembleront a Britney ou a Claudia? Meme pas la plus petite chance que ca arrive. Dans tous les magasins, les mannequins en plastique ont des tete de "blanc" et pas les yeux bridés... c'est quoi le probleme? ca doit etre tellement etrange de vivre avec en tete des modeles auquels on ne ressemblera jamais... comme une sorte de paradis defendu. Il faudrait imaginer Paris avec dans les magazines et sur les affiches, dans les magasins et sur les runways que des icones asiatiques. Ca doit faire un drole d'effet! Je n'emmet pas de jugement de valeurs. Je reflechissais juste au fait qu'en France pas mal de jeunes filles se rendent malades en essayant de ressembler aux fausses images trafiquées sur photoshop de nana toutes maigres. Mourire d'anorexie en essayant de ressembler a un ideal de beauté virtuel...WoW!. Les pro ana son malheureusement de plus en plus nombreuses a tomber dans le panneau...Les Chinoises devront elles elles aussi souffrire mille mort pour se faire rajouter des nichons et au final ne jamais vraiment ressembler a plus rien? quelle drole de culture...
Vendredi 26 janvier 2007
Il y a des photos qui sont plus rares à faire que d'autre...Et en Chine, on embrasse pas. Pas en publique. On est si loin des trois bises du matin: "salut, tu (bise) vas (bise) bien (bises)?" . On ne "bise" pas dans cette culture. Les signes d'enpathie sont ailleurs. Je ne les ai pas tous trouvé. Quand on vit dans un monde ou l'on ne comprends pas ce qui se dit, et ou l'on ne peut clairement lire, et encore moins exprimer verbalement ce que l'on ressent,on se sent un peut handicapé. Comme avec tous les handicaps, l'etre humain s'adapte. Curieusement, on devient, sans s'en rendre compte, beaucoup plus sensible a d'autre sens que l'ouie ou la parole, puisque nous n'y avons accés que partiellement. L'observation devient notre unique sens. Frustration pour les uns a qui on a oté trop de facultés d'expression, délice pour le photographe qui exerce son oeil de façon encore plus instinctive. Nous sommes, malgré nous, devenu beaucoup plus instinctifs. Guetter un changement d'expression sur un visage, une attitude, un geste. Notre façon de nous exprimer a aussi changé. Comme s'il fallait forcer les attitudes pour se faire comprendre. Sourire deviens une arme de dissuasion massive, entrer dans une colère noire, l'unique façon d'exprimer notre désaccord...Tous les expats vivent la meme aventure humaine, et s'adaptent. Ici on ne bise pas, mais on se tient volontier par la main entre copine. Encore un décalage...
Mardi 23 janvier 2007
Il y a la théorie, puis viens la pratique. Dans ta face. De retour en Chine après un si long mois au chaud, toujours en Asie, mais dans l'environement beaucoup plus westernisé de la Malaisie, le choc est toujours aussi rude. Surtout au travail. Hiérarchie, maudite hérarchie. Le balais. Dans le cul, le balais. Voila ou tu dois te le mettre. Désapprendre, toute la gestion de projets en équipes, retourner a l'age de pierre de la discipline version armée. Chef et sous chefs. Régression. Il faut rester solide. Résister. Croire en des valeurs qui ont fait leurs preuves. Mais qui a raison? Quel succès attendre de notre bonheur capitaliste. Au fond avons nous vraiment quelque chose de mieux a proposer? Assied toi au bord de la rivière et regarde passer le cadavre de ton ennemi, disait confusius. Je dois avaler sans broncher tout un tas de sornettes, sur le respect, la soumission,  le professionalisme, les règles, version Chinoise. Cette éducation oppresse parfois jusqu'a prendre son balais pour un fusil, et a entamer une joyeuse marche vers un avenir incertains. C'est David contre Goliath. Meta.julien contre tous Chacal, aventurier contre tous guerriers, whoooo ho ho.... Le plus difficile ici, au travail, c'est de rester sain d'esprit....
Mardi 28 novembre 2006

Il y a une question qui revient souvent sur les photos à Shanghai: comment tu fais pour faire tes portraits? Je me pose encore la question moi même...La chose s'est faite assez naturellement. Sans y réfléchir. Je faisais beaucoup de photos d'architecture. J'aime l'aspect graphique de ce travail. C'est une bonne école pour travailler le cadrage. Apres avoir travaillé extensivement sur ce sujet (inépuisable..) je me suis fait le réflexion récemment qu'il n'y avait plus dans mon ordinateur que des photos de personnages plus ou moins colorés! Que c'est il donc passé? En arrivant en Chine, j'ai du faire l'effort d'essayer de comprendre ces gens, leur culture, leur rapport avec leur environnement. Comme si brutalement et par la force des choses, mon intérêt s'est déplacé nécessairement vers les gens. J'aime ces sourires, ces gueules... J'ai eu à surmonter ce que chacun ressent quand il va prendre quelqu’un en photo: le regard de l'autre, et cette étrange impression de rentrer dans l'intimité d'un inconnu. Mais ici le rapport a l'intimité est complètement modifié. On vous pousse on vous bouscule. On a l'impression que ça se passe ailleurs. Alors j'ai commencé doucement à passer outre nos barrières éducatives judéo chrétiennes de respect de l'intimité d'autrui. Sans déranger personne. Tout parait normal. Quelle surprise! Quand je pointe mon objectif vers quelqu'un, je ne reçois presque jamais de critique ou de mouvement de recul. Pas d'animosité, plutôt de la chaleur, de la fierté. Il faut bien sur rester logique: pas question de prendre en photo les clients d'un vendeur de DVD piratés...il ne faut quand même pas chercher les emmerdes! Mais ça c'est du strict bon sens... Le cas échéant, je demande si je peux prendre une photo. (wo ke yi pai zao pian ma"?) Et j'abuse d'un très grand sourire en toute circonstance. Le rapport très court qui se tisse a ce moment est fondamental. Il semblerait que ce sourire gratuit, soit assez rare, et donc jugé d'une valeur suffisante pour accepter d'être immortalisé...

 

J'ai aussi un peu adapté mon matériel à ce type de photographie. L'achat d'un téléobjectif a large ouverture constante a été déterminant: le Nikon 70-200 f2.8 IF ED VR est une crème dont je ne saurais me passer maintenant. La réduction des vibrations me permet de descendre très bas en vitesse pour prendre des photos en faible luminosité, en gardant tout le piqué nécessaire...Il me permet de me poster un long moment (jusqu’a ce que je fasse partit des meubles) et brusquement pointer vers le visage que je souhaite prendre. Il y a beaucoup d'excitation à faire ce genre de photo. Il y a ce petit frisson tellement bon de cette interaction provoquée. Une sorte de drogue quand on y a gouté.

 

J'ai eu quelques refus aussi. Avec l'agressivité qui va avec...mais la aussi en général un sourire suffit a dédramatiser une situation. Souvent je montre la photo sur l'appareil. Cela crée une relation, et établi une confiance. Souvent d'une personne plutôt réticente au départ, j'arrive à obtenir quelqu'un d'acquis à ma cause. Il faut réussir à créer une relation de confiance en très peu de temps, et ce n'est pas toujours facile.

 

Il ne faut en tout cas pas du tout se priver de franchir le pas, et gouter au plaisir de cet échange bref qui nous met face aux autres mais aussi surtout face à nous même... Alors tous a vos appareils, envoyez moi vos meilleurs portraits pour qu'ils soient publiés dans "Shanghai dans ta face!": A vous de jouer! et laissez moi vos techniques perso en commentaires...je suis curieux de savoir comment chacun s'y prend...

 

 
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