
La nouvelle vient de tomber. Lourde. On s'en doutait un peu vu le nombre de discussions sur le sujet. Ca avait mis toute la famille sur les nerfs ces dernières semaines. Mais le besoin n'est pas la. Encore un problème de timing. La Chine parait prête, si on en reste aux grandes villes. Et encore. Mais le grand boom, celui qui permettra a chacun dans ce pays d'accéder a tout et surtout au superflu n'est pas encore arrivé. Un marché encore trop jeune, ou nous n'avons pas tous notre place. Les chercheurs d'or s'en retournent déçus, les chercheurs d'homme comme moi n'en reviennent que plus riches.
Nous devons rentrer en Suisse. Fin juin. C'est raide. Mais c'est la vie. Ses aléas... Mr "meta.julien" au regard de votre expérience dans ce marché, et compte tenu de vos excellentes performances, nous souhaiterions vous intégrer dans notre équipe qui aura grandement besoin de votre expérience sur le terrain, et bla bla bla... c'est flatteur, mais moi je n'ai pas du tout envie de rentrer. Pas du tout. Voila, je le dis une fois tout net, ca m'évitera de truffer mes prochains textes d'allusion pour tourner autour du pot. Pas envie. Pas envie Pas envie. Une fois la mauvaise nouvelle digérée, on se dit qu'on a toujours un job, et que d'autre n'en ont pas, qu'il y a pire que de vivre en Suisse... (j'aurais pu vivre en France, un petit coucou a tous mes lecteurs français...), et qu'au fond on a encore toute la vie devant soit.
Mais d'un coup plein de questions affluent...que deviendra SDTF? Rien n’est moins sur...qui voudra reprendre SDTF? Qui prendra le relai...? me faudra t il suicider SDTF?
Inès doit encore profiter quelques mois des bons soin si tendre de son Ayi. Cette complexité qui fait que du haut de ses 3ans, elle parle chinois mieux que moi, et n'a peur de rien ni personne. Ce sont nos rencontres qui nous forgent. On va encore profiter de ce qui nous reste ensemble n'est ce pas?

Depuis que Cyrille m'en a parlé, je ne dors plus. LE QTVR... marrant comme certains mots ouvrent des dimensions parallèles dans les recherches de google. Si vous n'avez jamais fait l'expérience, il faut essayer le mot WAREZ...lol! L’underground en un clic de souris. Un autre mot continue à me faire découvrir des choses incroyables: DIY... qui est le sigle de (Do It Yourself...). Mais retournons a nos moutons. Ah....Le QTVR... le sigle lui même n'apporte pas d'élément de compréhension substantiel, une petite explication s'impose. Il s'agit de panoramas montés ensembles qui permettent de se déplacer dans toutes les directions. L'effet est saisissant. Je dois encore travailler ma technique avant de pouvoir en placer un dans SDTF, mais quelle excitation! Et vous? Qu’est ce qui vous excite en ce moment?
A voir: ICI
S'il y a un chapitre incontournable dans la culture Chinoise moderne, c'est la bouffe. La grosse bouffe. Ici on ne déguste pas, on ingurgite. Les repas sont pantagruéliques, et s'alimenter reste l'activité fondamentale de la journée. Il faut bien avouer que la richesse de cette cuisine est sans limite, et la diversité est remarquable. Que ce soit dans la variété des couleurs, des odeurs, mais aussi bien sur des gouts. Le plus surprenant reste souvent les textures auxquelles nous ne sommes pas habitués. Une nourriture remarquablement équilibrée si l'on considère l'intense activité physique de chacun (pas de chauffage a la maison + vélo pour aller au boulot + dans la grande majorité pas le cul assis derrière un ordi...) = une nourriture qui nous parait grasse pour nous qui vivons avec une autre idée du confort... Il n'y a pas un resto ou j'ai débarqué par hasard, ou dans un endroit perdu ou je n'ai pas remarquablement bien mangé. Le gout reste fondamental. Et personne, même les plus modestes n'accepterai de manger un plat dont le gout ne serait pas raffiné. On est bien loin de la bouffe pour chien servie sur les aires d'autoroute pour des sommes astronomiques. Ici on mange délicieux, partout, et à toute heure. Quant a l'hygiène, on peut se questionner un peu au début, mais a bien y regarder, le débit est tellement énorme que les denrées n'ont pas vraiment le temps de périr...Je n'ai que rarement été malade depuis deux ans. Bien sur trop de pesticides, et de métaux lourd se retrouve dans mon pauvre estomac...Il ne faut pas être naïf tout de même.... la grande majorité des plats sont cuits, ce qui limite la casse énormément...bien sur je vous déconseille les huitres vendues en plein air, mais il ne faut pas non plus chercher le bâton pour se faire battre...
On continue notre exploration du Shanghai ancien, avec ces ruelles étroites ou se presse une foule incroyable de petits artisans. Je pense que c'est l'image que se font les Européens de la Chine encore aujourd'hui. En tout cas c'est l'image que j'avais de la Chine avant de venir et de découvrir une toute autre réalité. En vérité il faut aller les chercher ces photos qui se font de plus en plus rares. Urbanisation délirante, telle un ogre qui dévore tous les vieux quartiers de ses pelles mécaniques. Toute une partie de l'histoire de la ville disparait. Il parait que c'est le progrès, et que tout le monde vivra mieux. C'est sûrement vrai, mais je suis quand même égoïstement un peu déçu de ne plus pouvoir déambuler dans ces ruelles à taille plus humaines que les grandes tours de verre qui remplaceront bientôt ce petit bordel ambiant. Il parait que les gens qui vivent ici auront plus de confort dans les nouveaux appartements que l'on construit en banlieue pour les parquer...mais n'y perdront ils pas leurs âmes? Toutes ces choses que nous appelons "confort" nous rendent elles réellement plus heureuse? Je commence à en douter en fait...
J'aime ces visages ou l'on peut lire l'histoire. Croisé ce vieil homme dans les montagnes au sud de Hangzou, sur un chemin étroit. Il parte ses sacs presque aussi gros que lui avec la technique traditionnelle Chinoise. Quand je lui ai demandé si je pouvais le prendre en photo il n'a pas hésité à m'encourager d'un large sourire. Pour tout ce qui s'achète il y a les RMB, mais pour le reste il y a Shanghai dans ta face, pourrait devenir le nouveau slogan du blog! Je n'ai jamais croisé de culture aussi accueillante, curieuse, ouverte. Son visage s'ouvre comme un trésor. De ces trésors qui vous rendent infiniment plus riche.

Il suffit de faire un petit tour en ville pour se rendre compte de l'effervescence qui entoure le nouvel an Chinois. On se prépare pour les grandes vacances... Retour au bercail pour la majorité des pèlerins. Pour ceux qui restent sur Shanghouse, il faut faire avec les moyens du bord. On sèche un max de poisson à l'air libre, entre les culottes de madame. Mais aussi pas mal de poulets... A l'heure ou l'Angleterre essaye de cacher la merde au chat, nos pèlerins font des réserves aviaires hallucinantes, séchées au bon dioxyde de carbone de Santana. Arf. Ca donne des photos bien space, presque gores, ou la pauvre vendeuse disparait derrière des tonnes de viscères de poulets...Je me demande bien comment tout cela va finir en cas d'épidémie...Mais on fait comme tout le monde ici: "jusque la tout va bien...". La politique de l'autruche pour la grippe aviaire semble s'imposer. La même insouciance que mes ballerines a l'arrière des scooters. Ca passe ou ca casse. Fatalistes les Shanghaiens?
Grosse lassitude à la terrasse des cafés de Xintiandi par un après-midi ou la température est bien surprenante ces derniers jours... Radeau de la méduse. Tuer le temps, en attendant la frénésie de cet endroit quand vient la nuit. On se bousculera pour s'assoir à ces terrasses, ou l'on dépense le salaire mensuel de la serveuse en une soirée... Société patriarcale ou il y a toujours un ancien qui "sait" ca évite de se poser trop de questions...
Une fois n'est pas coutume, une photo de Shanghai du coté de xintiandi. Je suis
toujours frappé de croiser des filles aux tenues qui passeraient pour singulièrement
provocantes dans la vieille Europe. Femme-objet. Pas au point de la société Japonaise,
mais la condition de la femme ici reste un mystère pour moi. Même habillée de façon
outrageusement suggestive, la jeune fille met sa main devant sa bouche pour cacher un
sourire de gène si on lui adresse la parole. Il y a un tel décalage entre l'image et l'état
d'esprit. C'est parfois assez déroutant. L'habit ne fait certainement pas le moine dans ce
cas, et non, cette beauté ne fait pas le plus vieux métier du monde.

"how can you see into my eyes like open doors
leading you down into my core here I’ve become so numb without a soul my spirit sleeping... somewhere cold until you find it there and lead it back home" De temps en temps il est salutaire de s'écouter un petit "bring me to life" d'Evanescence... Juste pour le plaisir. Pour ne pas perdre pied, et croire qu'il n'y a plus de limites. On peut perdre les pédales dans ce pays... Facilement...
Dès que l'on peut s'échapper de la mégapole, la vie prend une tout autre tournure. Plus humaine, moins artificielle. Le contraste est saisissant, les choses sont ici comme on les a laissés au siècle dernier. Aux racines de cette culture millénaire. Fascination. Vieux matériaux, dont la noblesse rassure. Plus de métal froid, plus de béton déshumanisé. J'aime ces petits villages plus modestes. La vie y est probablement moins confortable, mais ces gens ne sont probablement pas esclaves de leurs emails de ce côté de la ville...Pas de néons, une vie simple. Shanghai a ces deux facettes, et en me promenant sur les pages de ce blog, j'ai soudain eu l'impression que Shanghai n'était qu'une ville ultra moderne déconnectée de son temps. J'aime aussi ces petites rues odorantes, et paisibles. Je suis content que mes parents nous rejoignent pour le Nouvel An chinois. Ils pourront découvrir avec leurs petits-enfants la réalité de ces photos. Avec nous. Grâce à nous.







